1302 : Le siège de Lille par le Comte de Flandre
Le 30/11/2015 à 16h01 par Archives municipales
Résumé

Alors que les Flandres sont en proie à la guerre depuis 5 ans, l'armée du Roi de France est défaite à Courtrai par les Flamands. Lille, restée fidèle au Roi, doit faire face au siège du Comte Gui de Flandre.

                  

Convention entre les gens du Roi à Lille, l’échevinage et Jean de Namur au sujet de la reddition éventuelle de la place (pièce au titre 7/75).

 

Les XIIIème et XIVème siècles sont une période troublée pour la région. Au cœur du conflit, les villes drapantes de Flandre et de Hainaut sont déchirées entre un patriciat conquérant et les ouvriers du textile plus modestes. Les tensions sociales sont vives et constituent la toile de fond du conflit entre les Comtes de Flandre et le Roi de France. Les élites urbaines doivent faire face à la remise en cause de leurs franchises et droits par les Comtes de Flandres. Ceux-ci s’appuient sur les ouvriers du textile contre les marchands qui s'adressent quant à eux au Roi de France et au Parlement de Paris pour faire respecter leurs droits. S’en suit un conflit long et coûteux où Lille tient une place en première ligne.

 

En 1297, une première campagne s’engage entre Philippe le Bel, roi de France et son vassal, Gui de Dampierre, Comte de Flandre. Ce dernier ayant pris le parti de s’allier au Roi d’Angleterre, le roi de France déclara son vassal félon. Après plusieurs tentatives de médiations, le conflit ouvert devient inévitable. Durant l’été 1297, le roi assiège Lille et ravage les faubourgs et tout le pays environnant. Après un siège destructeur, la ville capitule le 29 août. A la fin de l’année la Flandre est occupée par l’Ost royal [service militaire féodal dû par tout vassal à son seigneur]. Le roi laisse quelques garnisons dans les villes les plus importantes et rentre à Paris.

Philippe le Bel fait construire le Château de Courtrai [au niveau de la rue des Tours] pour surveiller les Lillois et disposer d’une tête de pont en cas de nouveau conflit avec les Flamands.

 

A l’épiphanie 1299, la trêve est terminée et le conflit reprend. Charles de Valois, frère du Roi, mène une forte armée en Flandre alors que Robert de Béthune, le fils héritier du Comte de Flandre, se réarme. Le conflit tourne au désavantage du Comte qui est emprisonné en même temps que ses fils. La Flandre devient alors partie intégrante du domaine royal.

En mai 1302, à Bruges, le peuple mené par De Coninck massacre les gens du Roi ainsi que les liélaerts [partisans du roi], événement dénommé par la suite "les Mâtines brugeoises".

Le 1er juillet 1302, les communaux flamands doivent faire face aux chevaliers français à Courtrai. La bataille des "éperons d’or" est une défaite cuisante pour l’Ost royal.

 

            

Dans la foulée de ses succès, l’armée flamande menée par Jean de Namur, fils du Comte Gui de Dampierre, investit Lille dès le 1er août 1302. Le Magistrat ne souhaite pas revivre l’épisode de 1213, durant lequel la ville a été perçue comme traître vis-à-vis du Roi. Elle mandate le Comte de Sancerre pour négocier avec Jean de Namur (Pièce au titre 7/74, on remarque les deux sceaux bien conservés de Jean de Namur et de son frère Gui de Flandre). Il est convenu que si la ville n'était pas secourue avant le 15 août, elle se rendrait. Après plusieurs échanges de missives entre Paris et Lille, il devient manifeste que le Roi ne tentera rien pour faire lever le siège de Lille et la reddition est décidée. C’est cette convention du 6 août 1302 qui vous est présentée ici. 

 

Ce parchemin est remarquable de part son sceau de Jean de Namur. Ce sceau équestre illustre la dimension guerrière du personnage. On le voit charger l’ennemi, épée brandie prête à frapper. Le cheval au galop, drapé dans une étoffe figurant le Lion des Flandres. Ce sceau est une représentation intéressante de l’équipement du chevalier à cette époque : heaume, cotte de maille, bouclier, épée.

 

 

Le document a été restauré en 2011. Après avoir été nettoyé, le parchemin a été gommé pour enlever les impuretés déposées au fil du temps.  Le document était plié, ce qui a fragilisé sa structure. Le restaurateur a détendu le parchemin en le passant dans une chambre à humidification. Puis il a été comblé par du papier japon. Pour que le document ne se dégrade plus et soit stabilisé, le parchemin a été déposé dans un conditionnement sur mesure, neutre et qui permet de bloquer les sceaux pour éviter qu’ils ne s’émiettent.

 

Cette pièce au titre relate un épisode troublé de l’histoire de Lille, les derniers soubresauts du Comté de Flandre. Lille deviendra française en 1304 avant de rayonner comme capitale culturelle et économique des princes bourguignons dès 1369.

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