1934 : des milliers d'enfants lillois fêtent les colonies de vacances
Le 30/06/2017 à 15h08 par Archives municipales
Résumé

A partir de 1925, des centaines de jeunes Lillois partent en colonies de vacances. Ces séjours doivent leur offrir loisirs et santé. A leur retour, de grandes fêtes sont le point d'orgue de ces semaines au grand air.

 

Fêtes organisées à l'occasion de la fin des colonies en 1935, 1R5/14

 

En cette fin d’été 1934, six mille enfants assistent à « un banquet monstre » au Grand Palais. Assis en rangs, ils profitent de leurs derniers jours de vacances. Le Conseil municipal et les enfants dégustent ensemble du saumon mayonnaise, boivent de la bière en attendant avec impatience un spectacle de cirque et d’autres festivités.

 

En 1935, la scène se reproduit mais la photo prise bien après le repas nous montre cette fois-ci enfants et adultes assistant à une démonstration de gymnastique par leurs camarades. Ces moments conviviaux et chaleureux marquent bien sur la fin de l’été mais aussi la fin des camps de vacances municipaux aux programmes bien remplis.

 

 

Fortifier la jeunesse

 

Le développement des colonies de vacances, initiées à Lille par Roger Salengro en 1925, résulte de la volonté de sortir l’enfant de la « nocivité générale du séjour urbain » et des lieux insalubres où il vit. L’ambition de la municipalité est d’envoyer les jeunes Lillois au moins une fois par an à la mer ou à la montagne afin de leur redonner vigueur et santé.

La Première Guerre Mondiale a laissé des traces encore bien visibles dans la capitale des Flandres (quartiers dévastés, population meurtrie…). Les plus touchés, mais aussi les plus fragiles, sont les enfants. Ils souffrent de dénutrition, d’un manque d’hygiène et sont encore trop fréquemment livrés à eux-mêmes, proies faciles des dangers de la rue. Leurs écoles sont en mauvais état et les loisirs quasi-inexistants.

 

Face à cette problématique, qui est loin d’être uniquement régionale, l’Etat souhaite améliorer les conditions sanitaires et la qualité de vie des enfants. Marseille, Toulouse, Lille, Rouen deviennent au début des années 1920 des villes-tests.

 

 

Des colonies à Marquette, Wormhout...

 

C’est dans ce contexte que sont créées les premières colonies de vacances lilloises, parmi lesquelles la colonie Henri Ghesquières (située à Marquette), inaugurée en 1925 par Roger Salengro. Le maire affirme vouloir poursuivre :

« l’œuvre élaborée par deux hommes qui ont fait l’honneur de la ville et de la France : MM. Gustave Delory (maire de 1896 à 1904 puis de 1919 à 1925) et Henri Ghesquières (adjoint chargé de l'assistance publique de 1896 à 1904) ». (Réveil du Nord du 20 Août 1926, 4M10/66)

D’autres créations de centres de vacances suivront.

En 1932, la municipalité acquiert un autre terrain qui s’étend sur environ 20 hectares sur la commune de Wormhout. Sur ce terrain, situé à 19 km de Dunkerque, des écoliers lillois sont accueillis pour profiter de l’air marin. Les bâtiments sont entourés de vastes espaces de jeux. La colonie bénéficie de produits naturels de la ferme.

 

Colonie de Wormhout, 4M10

 

Les repas servis apportent ainsi tous les nutriments et vitamines essentiels à la bonne santé de l’enfant, ce que ne permet pas toujours l’alimentation quotidienne au sein des familles.

 

Les activités proposées sont nombreuses et variées. Elles répondent aux besoins physiques de l’enfant tout en veillant à son développement intellectuel et à son épanouissement affectif. L’emploi du temps consiste surtout en des jeux dirigés ou libres (courses, sauts, lancers…), mais aussi en des « visites instructives type visites d’usines, de musées de théâtres, ou encore de bains en piscine ». À partir de la fin des années 1930, les filles bénéficieront même de travaux de couture et de broderie et prépareront une exposition pour mettre en valeur leurs réalisations lors de la fête de clôture des camps de vacances.

 

 

Enfants jouant sur le terrain d'un centre de vacances , 1R5/44/1

 

"Un devoir social"

 

Chaque année, afin de célébrer dignement la fin de ces colonies de vacances et de partager leurs bienfaits avec les familles et l’ensemble des Lillois, la municipalité organise de grandes fêtes telles que des défilés (Grand Place, place de la République), des repas réunissant près de 6 000 enfants au Grand Palais, des goûters organisés en plein centre-ville ou encore des spectacles réalisés par les enfants. Le maire remet à cette occasion des médailles d’honneur.

En 1939, 400 enfants ayant participé aux colonies de vacances ont même le privilège de découvrir la ville depuis le sommet du beffroi. Le maire Charles Saint-Venant se réjouit de leur bonheur : « Il n’est pas besoin de souligner combien ils ont été émerveillés par le superbe panorama qu’ils ont pu admirer » (1R5/43).

 

Cortège des jeunes filles des colonies de vacances lors de la grande fête de clôture, 1R5/12

 

 

Les effets positifs des colonies de vacances se font rapidement sentir et incitent la municipalité à pérenniser le dispositif. Le docteur Porez, ancien chef de clinique médicale infantile à la Faculté, ancien médecin inspecteur scolaire et directeur médical de l’École de plein air, dresse un rapport sur le fonctionnement et les résultats des camps de vacances de la ville de Lille pour les années 1933-1934. (conservé aux Archives municipales sous la cote 1R5/42). Il y constate un réel intérêt des parents et des enfants pour ce qu’il qualifie de « belle œuvre ». L’alimentation abondante et adaptée aux besoins de l’enfant, ainsi que la détente, les jeux et la gymnastique améliorent considérablement son état de santé.

« Le devoir d’éduquer physiquement la jeunesse est un devoir social de premier ordre, il faut donner à l’enfant la santé, c’est-à-dire le parfait équilibre des grandes fonctions vitales et parmi ces fonctions la plus importante est la fonction respiratoire ». Le docteur Porez se réjouit dans son rapport du même intérêt de la municipalité pour les activités intellectuelles et physiques qui profitent toutes les deux au bon développement de l’enfant.

 

 

En cette fin d'année scolaire, des centaines de petits Lillois s’apprêtent à quitter la ville et leur foyer pour quelques semaines, non plus pour se refaire une santé mais toujours pour s’épanouir et s’oxygéner hors de la ville, à la découverte de nouveaux horizons, de nouvelles expériences et de nouvelles amitiés.

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