1297 : Lille assiégée par Philippe le Bel
Le 12/10/2017 à 17h45 par Archives municipales
Résumé

Lille est assiégée du 23 juin au 1er septembre 1297 par le roi de France Philippe IV le Bel. Malgré la défaite, Lille conserve ses pouvoirs. Découvrez les lettres patentes du roi et les raisons de ce siège de la ville, qui était pourtant rattachée à la couronne de France depuis 843.

1er septembre 1297 : la ville, en état de siège depuis le 23 juin, se rend au roi Philippe IV le Bel (1285-1314). Ces lettres-patentes de Philippe le Bel, datées du 29 août 1297, présentent les conditions de la capitulation et la réponse du roi aux propositions faites par la ville. Ce document rédigé sur parchemin a été restauré.

 

Lettres-patentes de Philippe le Bel, PAT/7/72

 

Celui-ci est complété du sceau du roi, qui, bien que brisé en son milieu, est très bien conservé. Il représente le roi en majesté et permet d'observer certains insignes royaux, à savoir la couronne, le sceptre dans la main droite et la fleur de lys.

 

Lettres-patentes de Philippe le Bel, détail du sceau, PAT/7/72

 

Le roi Philippe IV le Bel prend Lille en 1297. Il peut sembler étonnant que le Roi de France assiège la ville alors que depuis le traité de Verdun en 843, le comté de Flandre, dont Lille fait partie, est officiellement rattaché à la couronne de France. En pratique, il fonctionne depuis longtemps de manière très autonome. Mais à la fin du XIIIe siècle, l’administration royale se développe. Le roi profite de cette conjoncture favorable pour renforcer son pouvoir sur l’ensemble de son royaume et plus particulièrement sur le comté de Flandre, qui comprend des villes très riches et stratégiques sur le plan économique : Bruges, Gand et Lille.

 

Le comté de Flandre est dirigé par Guy de Dampierre, vassal du roi de France. A ce titre, il doit respecter le serment qu’il a fait au roi : en général, un vassal promet de conseiller son suzerain et de participer à l’ost, c’est-à-dire au service militaire. Dans les faits, les comtes de Flandre, à la tête d’un des territoires les plus puissants du royaume, gouvernent de manière autonome. Toutefois, à la fin du XIIIe siècle, le Comté de Flandre est en proie à des conflits internes qui l’affaiblissent.

 

En 1294, c’est essentiellement dans un but de développement économique que Guy de Dampierre conclut le traité de Lierre avec Edouard Ier d’Angleterre. Ce traité stipule que la fille de Guy, Philippine, épousera le fils aîné du roi Edouard. Cela doit ainsi permettre de renforcer le lien entre Flamands et Anglais : en effet, l’Angleterre fournit la laine à la Flandre pour la draperie. La draperie est une activité essentielle qui fait en partie la richesse de la région et génère énormément de travail étant donné les nombreuses étapes nécessaires pour transformer la laine en drap.

 

Or, à la même période, Philippe le Bel a des démêlés avec Edouard Ier. Il voit l’alliance de Guy de Dampierre avec le souverain anglais comme une trahison de son vassal et fait donc emprisonner Guy de Dampierre ainsi que ses enfants. Il accepte de libérer Guy de Dampierre à deux conditions : laisser sa fille otage du Roi de France et faire annuler le contrat de mariage.

 

Guy de Dampierre accepte en apparence et rentre donc en Flandre. Mais il n’en reste pas là et envoie des ambassadeurs auprès du pape pour exiger justice de Philippe IV.

Toutefois, Philippe IV refuse de coopérer : selon lui, le pape n’a pas d’autorité en matière temporel. Guy de Dampierre déclare alors la guerre à Philippe IV avec le soutien du roi d’Angleterre.

 

Mandement de Guy, comte de Flandre, adressé aux échevins de Lille fixant au lendemain

de la Pentecôte la convocation à Lille des gens lui devant le service d'ost 

en date du 2 mai 1297 - PAT 10/171

 

Sceau de Guy de Dampierre, comte de Flandre - PAT 10/171

 

Philippe IV assiège alors Lille à partir du 23 juin 1297. Dirigés par Robert de Béthune, les Lillois assiégés subissent destructions et disette. Ils capitulent après 11 semaines.

A la lecture de la lettre de Philippe le Bel, on constate qu’il n’est fait absolument aucune mention de Guy de Dampierre. Le Roi ne lui accorde plus aucune autorité sur la ville de Lille. En revanche, le roi rappelle à plusieurs reprises que la ville lui doit obéissance : « a nostre obeissance se vauront tenir » et il installe des baillis, c’est-à-dire des représentants du roi dans le comté.

 

Le roi accepte néanmoins la plupart des conditions proposées par les autorités lilloises, le Magistrat, institué en 1235. Grâce à son intervention, Lille conserve une grande partie voire tous ses pouvoirs. Cela tient probablement à ce que le Roi souhaite rester en bons termes avec cette ville qui continue d’appartenir à son royaume et qui est déjà à la fin du XIIIe siècle une ville marchande prospère. On peut aussi penser qu’il préfère la laisser se gérer elle-même puisque son pouvoir communal, organisé depuis la charte de Jeanne de Flandre en 1235, se montre efficace et a bien fonctionné jusque-là. Cette charte reste d’ailleurs en vigueur jusqu’en 1789. Ainsi, on peut lire sur le document : « Item, nous pour nous et pour nos successeurs rois de France volons et otroions la ville de Lille à warder le loy et le franchise, les usaiges les coustumes de celi ville ». La ville est également autorisée à se défendre seule : « Et otroions la ville de Lille a deffendre et a warandir de toutes forces, de toutes oppressions, de toutes injures, et contre tous comme la nostre ».

 

Extrait des lettres-patentes de Philippe le Bel, PAT/7/72

 

Le comté est occupé de 1297 à 1301 par les Français et le roi fait construire le château de Courtrai pour y assurer son autorité. Mais cet épisode n’est que le début de la guerre franco-flamande, au cours de laquelle le Roi de France et le comte de Flandre se disputent le comté: en effet la trêve prend fin en janvier 1300 et la guerre se poursuit jusque 1304. D’autres sièges attendent Lille.

 

Vous pouvez consulter la version numérisée des lettres-patentes de Philippe le Bel en cliquant ici.

 

 

Partagez cet article
Billets proches

Aucun billet trouvé