1792 : Lille a bien mérité de la Patrie
Le 26/10/2017 à 10h25 par Archives municipales
Résumé

Durant la Révolution française, les armées autrichiennes envahissent la France et encerclent Lille en septembre 1792. Suite à la conduite héroïque de la ville durant le siège, la Convention nationale prend un décret le 12 octobre 1792, portant que "la Ville de Lille a bien mérité de la Patrie".

Décret de la convention nationale du 12 octobre 1792 - 18053

 

 

20 avril 1792 : Sous la pression des Girondins, et malgré l’impréparation de ses armées, la France déclare la guerre "au roi de Bohême et de Hongrie".

 

Les défaites successives menacent la France. En juillet, l'Assemblée législative déclare "la patrie en danger". Les Autrichiens envahissent le pays et commencent à encercler Lille. La ville est déclarée en état de siège en septembre. Après avoir abandonné leur projet d’attaque de la ville, les Autrichiens préparent le pilonnage de la cité par leur artillerie.

 

Le 29 septembre au matin, un officier supérieur autrichien vient présenter la sommation du commandant général de l’armée impérial, Albert de Saxe. Une sommation en terme équivalent est adressée au commandant des troupes lilloises.

 

A la Municipalité de Lille,

 

Etabli devant votre ville avec l’armée de Sa Majesté l’Empereur et Roi, confiée à mes ordres, je viens en vous sommant de la rendre ainsi que la citadelle, offrir à ses habitans sa puissante protection. Mais si par une vaine résistance, on méconnaissait les offres que je leur fais ; les batteries étant dressées et prêtes de foudroyer la ville, la Municipalité sera responsable à ses concitoyens de tous les malheurs qui en seraient la suite nécessaire.

 

Fait au camp devant Lille, le 29 septembre 1792.

 

 

Sommation d'Albert de Saxe du 29 septembre 1792 - 18053

 

 

Le Maire, François André-Bonte, rédige une réponse cinglante :

 

La Municipalité de Lille à Albert de Saxe,

 

Nous venons de renouveler notre serment d’être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l’égalité, ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures.

 

Fait à la Maison commune, le 29 septembre 1792, le premier de la République française.


Réponse de la municipalité de Lille le 29 septembre 1792 - 18053

 

 

A peine le message reçu, Albert de Saxe fait donner son artillerie : 12 mortiers et 50 canons bombardent la ville à boulets rouges. L’église Saint-Etienne située sur la Grand’Place prend feu, le clocher de l’église Saint-Sauveur s’écroule.

Mais coté lillois, des renforts arrivent, l’artillerie répond avec vigueur. Les citoyens sont entièrement mobilisés à la défense de leur ville et tentent de limiter l’incendie.

 

Quelques actes remarquables émaillent la bataille :

  • - Le capitaine Ovigneur est prévenu de l’accouchement de son épouse et de l'incendie de sa maison. Après s’être assuré que sa femme est en sécurité, il reste sur les remparts, répondant « Voici l’ennemi ! Je suis à mon poste, j’y reste. ».

  • - Suite à l’explosion d’une grosse bombe dans la rue du vieux marché aux moutons, le citoyen Maes, perruquier, en prit un éclat ; le voisinage se fit faire la barbe en plein air et au sifflement des boulets, en se servant de l’éclat de bombe comme bassin à barbe.

  •  

  •  

Le 6 octobre 1792, le bombardement cesse. L’armée autrichienne commence à se replier. Deux jours plus tard les représentants de la Convention nationale proclament :

 

Citoyens,

 

Vous venez de prouver à l’Europe votre amour pour la liberté et votre haine pour la tyrannie. Vous avez vu périr vos frères, réduire en cendre une partie de vos propriétés, et vous êtes restés fidèles au poste où la patrie et l’honneur vous avaient placés. Vous vous êtes élevés à la hauteur de la révolution mémorable et salutaire du 10 août dernier. Vous êtes dignes d’être républicains.

 

Au milieu de l’incendie, prêts à périr sous les décombres de vos habitations, votre choix ne s’est fait entendre que pour crier ; vive la Nation, périssent les despotes ; nous voulons être libre, nous le serons ! Ces brigands de l’Autriche, ces lâches émigrés peuvent détruire, avez-vous dit, toutes nos maisons, mais les remparts de la place nous resteront, et les habitants et la garnison de Lille ne se rendront point.

Citoyens, vous avez bien mérité de la patrie.

[…]

A Lille le 8 octobre 1792, l’an Ier de la République française.

 

Le 12 octobre la convention en séance à Paris enregistre comme loi la proclamation "Les Habitants de Lille ont bien mérité de la Patrie".

 

Décret de la convention nationale du 12 octobre 1792 - 18053

 

Les actes de commémoration ne manqueront pas :

  • - Plusieurs rues sont rebaptisées : rue du bombardement, rue Ovigneur, du barbier Maes, etc. A Paris, la rue Bourbon devient la rue de Lille.

  • - En 1793, Lazare Carnot, organisateur des armées de la République, offre aux canonniers un mortier autrichien éclaté.

  • - En 1803, Napoléon offre deux canons aux canonniers sédentaires.

  • - En 1830, sur la place du Concert, la statue du duc de Berry est remplacée par celle du maire André.

  • - En 1845, on inaugure la colonne de la déesse sur la Grand’Place.

  • - En 1900, la ville reçoit la Légion d’Honneur en témoignage de son héroïsme de 1792.

 

Toutes ces commémorations, s'étalant sur plus d'un siècle, montrent bien toute l'importance de ce siège dans l'histoire de la ville de Lille. Le signe le plus visible aujourd'hui est bien sûr la présence de la déesse sur la Grand’Place.

 

 

Photographie de la colonne de la déesse sur la Grand Place - 1 M 2 / 94

 


 

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