1991-1997 : la création de la galerie des sculptures au Palais des Beaux-Arts de Lille
Le 18/07/2019 à 17h47 par Archives municipales
Résumé

Ce document du moment est le fruit d’une collaboration avec Annie Scottez-De Wambrechies, conservatrice en chef chargée du XIXe siècle au Palais des Beaux-Arts de Lille. Les documents présentés mettent en lumière l’aménagement de la galerie des sculptures, souvenir mémorable dans la carrière de la conservatrice. Ces documents font partie des archives qu’elle a versées en 2018 lors de son départ en retraite (référence 735W).

Spartacus brisant ses liens et Cincinnatus de Denis Foyatier

dans la galerie des sculptures

Ville de Lille - Archives municipales

 

Extrait du plan de la galerie des sculptures du Palais des Beaux-Arts de Lille

Archives municipales de Lille - 735W

Pour découvrir la répartition des oeuvres dans la galerie

et le document complet, cliquer sur l'image

 

En 1997, après sept années de travaux, le Palais des Beaux-Arts de Lille rouvre ses portes. Le public peut notamment y découvrir une magnifique galerie des sculptures du XIXe siècle qui, d’après Annie Scottez-De Wambrechies « offre l’un des panoramas les plus représentatifs et les plus riches de la sculpture de ce siècle, dans un musée français ».

 

135 œuvres, de Houdon à Bourdelle, se déploient alors sur une surface de 500 m², selon un parcours chronologique qui permet de montrer l’évolution des styles au long du siècle.

Encadrées de part et d’autre - comme à l’origine en 1892 - par les plâtres monumentaux du Chevalier errant de Fremiet et de La Défense de Saint-Quentin de Barrias, les sculptures s’épanouissent et s’animent au gré de la course du soleil et des jeux du feuillage des arbres voisins.

Vingt-deux ans plus tard, Annie Scottez-De Wambrechies se réjouit encore du plan choisi pour mettre en valeur cette collection et affirme qu’elle proposerait le même projet aujourd’hui.

 

Plan de la galerie des sculptures du Palais des Beaux-Arts de Lille

Archives municipales de Lille - 735W

Pour découvrir la répartition des oeuvres dans la galerie, cliquer sur l'image

 

Au cours des années 1950-1960, la sculpture du XIXe siècle perd de son prestige, et il faut attendre 1986, avec l’ouverture du musée d’Orsay à Paris, pour que naisse le courant de redécouverte de cet art majeur.

 

La création de la galerie des sculptures du Palais des Beaux-Arts s’inscrit dans cette mouvance, et c’est à partir de 1991 que de nombreuses sculptures couvertes de poussière sortent des réserves où elles avaient été reléguées vers 1955-1960.

Annie Scottez-De Wambrechies se voit confier ce projet de renaissance qui sept années durant va animer son quotidien, et c’est encore avec beaucoup d’émotion qu’elle en témoigne aujourd’hui. Elle entre alors dans une période d’intense réflexion sur le choix des sculptures qui seront restaurées et présentées. Certaines, bien qu’endommagées, se sont imposées à elle, telle La France de David d’Angers ou les deux héros Spartacus et Cincinnatus.

Sur ce sujet, elle a bénéficié d’une émulation scientifique partagée aux côtés des conservatrices chargées des sculptures au Musée d’Orsay, dont Anne Pingeot, lorsqu’elle se documentait sur les œuvres à exposer.

 

En définitive, 135 sculptures, des plâtres, marbres, bronzes, terre cuites, de toutes dimensions - dont la quarantaine des célèbres médaillons du romantique Preault - sorties des réserves pour la plupart, feront la fierté et la magnificence de cette nouvelle galerie.

 

La Grande ombre d'Auguste Rodin

Ville de Lille - Archives municipales

 

 

Les questions autour de l'aménagement de la galerie

 

Au-delà de la partie purement artistique et scientifique, Annie Scottez-De Wambrechies a dû composer avec les architectes Ibos et Vitart, auteurs de la rénovation du musée.

Les architectes pensaient fondre les sculptures avec l’architecture, contrairement à la conservatrice qui souhaitait que « la sculpture se prête au jeu de l’architecture », mais toutefois en s’en détachant afin d’être mise en valeur pour elle-même. Un des exemples les plus significatifs concerne la question du socle sur lequel reposent les œuvres : les architectes l’imaginait dans l’exact prolongement de la sculpture à la différence des conservateurs qui le considérait comme un piédestal destiné à valoriser l’œuvre mais aussi à la protéger des visiteurs. Les débats autour de cette problématique ont suscité une abondante correspondance.

 

Malgré les divergences de points de vue, des consensus ont été obtenus et Annie Scottez-De Wambrechies en retient le plaisir de la richesse de ces échanges. L’immense réussite de la galerie tient au fait que les sculptures sont désormais exposées dans un lieu qui leur est spécifiquement dédié. Il est important de rappeler qu’entre l’inauguration du Palais des Beaux-Arts en 1892, et sa fermeture pour travaux en 1991, les sculptures étaient disposées sans mise en scène particulière dans la longue galerie d’entrée. Depuis la réouverture en 1997, cette dernière est consacrée à l’accueil du public.

 

 

Le déménagement des œuvres

 

Pour permettre cette réalisation, Annie Scottez-De Wambrechies a dû faire face à un ultime tour de force, à savoir superviser le départ des œuvres du Palais des Beaux-Arts et accompagner leur retour au sein du musée. Afin de permettre la rénovation totale du musée, les sculptures, comme toutes les autres collections, avaient été transportées dans différentes réserves de Lille (Centre technique municipal, Musée de l’Hospice Comtesse, ancien Musée industriel) et d’Arras (Musée Saint-Vaast). Cette opération de déplacement des œuvres d’une ampleur exceptionnelle a valu 36 jours de travail, nécessitant du matériel et des précautions bien particulières.

 

 

Photographies des statues conditionnées pour leur transport

et installation d'Ulysse de Théophile Bra dans la nouvelle galerie

Archives municipales de Lille - 735W

 

Photographie de l'ancienne réserve des sculptures

qui se trouvait dans les caves.

Depuis 1991, les caves ont été réaménagées pour accueillir

les oeuvres de la période Moyen Age et Renaissance.

Archives municipales de Lille - 735W

 

Vingt-deux ans plus tard, la galerie des sculptures, inondée par la lumière ondoyante sud-ouest n’a pas pris une ride et ravit toujours autant le visiteur. Du Spartacus de Foyatier, gardien de la galerie, du buste malicieux de Charles De Wailly de Augustin Pajou à l’impressionnante Grande Ombre d’Auguste Rodin, en passant par le portrait de Reynart par Carpeaux et l’émouvante Jeanne d’Arc d'Alphonse Cordonnier, Annie Scottez-De Wambrechies aime à dire que c’est le seul espace du musée qui, depuis sa réouverture, est demeuré intact.

C’est un lieu où sculpture et architecture d’une même époque, le XIXe siècle, se sont parfaitement rencontrées, respectées et accordées.

 

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