1968 : le point d’orgue de l’histoire du monument au compositeur Edouard Lalo
Le 05/01/2023 à 09h55 par Archives municipales
Résumé

Il y a 200 ans, le 27 janvier 1823, naissait le compositeur lillois Edouard Lalo. En 1968, le maire de Lille Augustin Laurent inaugurait le second monument en sa mémoire.

Qu’est-il arrivé au premier monument pour qu’il faille en ériger un second ?

 

Stèle en mémoire d’Edouard Lalo inaugurée au jardin Vauban en 1968

Archives municipales de Lille - 1M2/105

 

 

Le 14 septembre 1968, au jardin Vauban, en présence de nombreux Lillois et devant un parterre de personnalités, parmi lesquelles le Préfet du Nord, le Recteur de l’académie de Lille, le directeur du Conservatoire de Lille et les professeurs de musique, le maire Augustin Laurent inaugure le second monument à la mémoire du musicien et compositeur lillois Edouard Lalo (En savoir plus - Qui est Edouard Lalo ?).

 

Le monument est composé d’une stèle en granit du Tarn, fixée sur un socle de deux marches. Elle supporte un médaillon en bronze représentant Edouard Lalo, sous lequel un texte en lettres de bronze se détache : « De sa lointaine origine espagnole, le compositeur Edouard Lalo avait hérité du sens des rythmes et des couleurs… Le sol nordique où il prit racine lui fit don d’une sensibilité profonde et d’un génie incomparable ».

 

Lors du discours inaugural, Augustin Laurent ne se contente pas de revenir sur la carrière du musicien et compositeur, brillant élève de l’Académie Royale de musique[1], parti poursuivre sa formation puis sa carrière à Paris, qui ne vit « poindre l’aube de sa gloire qu’à la fin de sa carrière » à 65 ans, quatre années avant son décès.

 

Il évoque aussi l’étonnante histoire du premier monument en l’honneur d’Edouard Lalo, inauguré 45 ans plus tôt après bien des rebondissements.

 

Honorer la mémoire d’Edouard Lalo

 

Dès 1902, dix ans après la disparition d’Edouard Lalo, un buste-souvenir est installé dans le foyer du Grand Théâtre (actuel Opéra de Lille). Celui-ci est endommagé en 1903 lors de l’incendie du bâtiment (Pour en savoir plus consulter l'article de la BmL "L'histoire rocambolesque du buste d'Édouard Lalo")[2]. Les admirateurs lillois d’Edouard Lalo, tenant absolument à honorer sa mémoire, se regroupent et fondent, en 1907, un Comité local du Monument Lalo, en vue d’ériger un monument. Le Maire de l’époque, Charles Delesalle, en accepte la présidence d’honneur.

 

La première réunion de ce comité local se tient le 9 décembre 1907. Le compte-rendu de cette réunion informe « qu’un comité s’était formé à Paris pour seconder l’action du comité local et il en a indiqué la composition dont l’énoncé seul suffit à montrer quel chaleureux accueil rencontre l’idée d’un hommage à Lalo parmi les maîtres les plus réputés de la musique contemporaine »[3]. Sous la présidence du compositeur Gabriel Fauré, directeur du Conservatoire de Paris, le comité parisien réunit en effet plusieurs musiciens de renoms, contemporains d’Edouard Lalo, parmi lesquels Camille Saint-Saëns. Le comité parisien souhaite aussi contribuer à l’érection d’un monument et proposent, afin de réunir les fonds nécessaires, d’organiser des spectacles où seront jouées les œuvres du compositeur.

 

Le 28 février 1908, le conseil municipal approuve la demande du Comité lillois d’ériger un monument en mémoire de Lalo. Il valide son implantation à l’entrée du Jardin Vauban et accorde un crédit de 3 000 francs.

 

Délibération du 28 février 1908 relative aux souscriptions pour les monuments André et Lalo.

Archives municipales de Lille – 1D2/107

 

Une souscription lancée pour le financement du monument

 

 

Monument à Edouard Lalo

Archives municipales de Lille – 1M2/101

Les membres du Comité lillois valident dès 1907 le projet de monument présenté par le sculpteur lillois Maurice Quef. Deux ans plus tard, le comité parisien adopte la maquette définitive.

 

Le projet retenu se compose d’une stèle en granit rose sur lequel est fixé le buste de Lalo. A ses pieds, sont posées trois statues stylisées figurant les héros de l’opéra Le Roi d’Ys, l’œuvre la plus connue du compositeur.

 

 

Le maire Charles Delesalle lance une grande souscription publique pour financer le monument. En 1911, le conseil municipal valide l’emplacement précis du monument dans le Jardin Vauban : « L’œuvre du statuaire Quef serait placée à droite de la grande pelouse, adossée à un bouquet d’arbres existant, qui l’encadrerait d’une manière parfaite »[4].

 

Bulletin de souscription lancé par le Comité parisien en 1919

Archives municipales de Lille – 1M2/103

 

Une installation retardée par la Première Guerre mondiale

 

Achevé en 1914, le monument est prêt à être installé lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Le socle se trouve chez un marbrier lillois tandis que les bronzes restent Paris, dans le dépôt de l’emballeur qui venait de préparer leur envoi. Ils y restent pendant toute la durée du conflit, Lille étant occupée par l’armée allemande.

 

Après la libération de Lille en 1918, la municipalité a pour priorité de reconstruire et d’agrandir la Ville. C’est en 1922 que le maire Gustave Delory demande la reconstitution du Comité du monument Lalo pour faire aboutir ce projet. Le Comité lance de nouvelles souscriptions auprès de la population, dans les cafés notamment. Il organise également des quêtes lors de concerts de musique classiques.

 

 

Bulletins de souscription pour financer le transport et la pose du Monument Lalo

Archives municipales de Lille – 1M2/103

 

Enfin inauguré !

 

Affiche de l’inauguration

Archives municipales de Lille – 0I/17

Enfin, l’inauguration peut avoir lieu. Le 2 juillet 1922, au jardin Vauban, la cérémonie protocolaire est présidée par le Ministre de l’Instruction publique en personne. Elle s’accompagne d’un après-midi musical à l’Hippodrome-Théâtre de la rue Nicolas Leblanc. Des extraits de l’Opéra Le Roi d’Ys y sont interprétés ainsi que les œuvres majeures d’Edouard Lalo dont la Symphonie espagnole et Namouna. Le soir, un concert populaire est offert aux Lillois dans le jardin Vauban : la seconde partie du concert est exclusivement composée d’extraits d’œuvres d’Edouard Lalo.

 

 

 

De nouvelles péripéties

 

« Mais 17 années après l’inauguration de cette œuvre, la guerre divise de nouveau l’Europe et Lille, occupée, ne parvient pas à sauver la plupart de ses monuments dont les éléments en bronze furent ravis par l’occupant »[5] rappelle Augustin Laurent lors du discours inaugural du second monument en l’honneur de Lalo en septembre 1968. Le monument ne fait pas exception. En 1942, l’autorité allemande démonte le buste de Lalo ainsi que les statues en bronze, qui sont fondues pour réemploi.

 

 

 

 

Le monument tel qu’il a existé

dans le jardin  Vauban entre 1922 et 1942

AML – 6D23/14

 

 

 

 

 

 

Le monument

 après la Seconde Guerre mondiale

AML – 1M2/101

 

Dès la fin de la guerre, de nombreux Lillois et admirateurs du compositeur sollicitent une réparation du monument. Mais la municipalité fait face à des priorités plus urgentes. C’est finalement au début des années 1960 qu’elle relance le sujet. Lors de sa séance du 9 mars 1962, le conseil municipal décide de supprimer ce qui reste de l’ancien monument et d’en édifier un nouveau. « D’un style démodé, il [le monument] devrait être remplacé par une stèle destinée à recevoir un médaillon à l’effigie de Lalo »[6].  

 

Cinq années sont encore nécessaires avant que le monument soit réalisé et inauguré le 14 septembre 1968 au jardin Vauban, où il se trouve toujours.

 

En savoir plus – Qui est Edouard Lalo ?

 

Portrait d’Edouard Lalo

Archives municipales de Lille – 4D7/63

 

Né rue des Tours dans le Vieux Lille le 27 janvier 1823[7], Edouard Lalo est l’aîné d’une fratrie de trois enfants. Son père, Désiré Joseph Lalo, est directeur du Mont de Piété de Lille[8] après avoir été quelques années commissaire de police. Enfant, Edouard Lalo étudie le solfège et le violon à l’Académie Royale de Musique de Lille[9]. Doué pour la musique, Edouard Lalo décide, contre l’avis de son père qui rêvant pour son fils d’un autre destin professionnel, de quitter Lille à l’âge de 16 ans pour se former au Conservatoire de Paris. Remarqué par un de ses enseignants, il joue dans plusieurs orchestres réputés et côtoie des musiciens talentueux. Il étudie la composition et se lance à son tour. Edouard Lalo ne rencontre pas le succès avant le début des années 1870. Probablement car son inspiration et son style lui sont propres et ne trouvent guère d’écho auprès de ses contemporains. En 1874, il compose la Symphonie espagnole qui lui offre enfin une belle notoriété. En 1882, L’Opéra de Paris lui commande un opéra Namouna. Le ballet reçoit un accueil mitigé. Son œuvre la plus célèbre, qui lui vaut un succès durable, est un opéra, Le Roi d’Ys. Composé en 1878, remanié en 1886, il connait un énorme succès à partir de 1888 lorsqu’il est joué à l’Opéra-Comique. Il sera joué plus de 160 fois les quatre années suivantes. Mais Edouard Lalo ne profitera guère de ce succès tardif puisqu’il décède brutalement à Paris le 22 avril 1892. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise. 

 

Une exposition sur Edouard Lalo à la médiathèque Jean Lévy et des ressources en ligne sur le site de l'espace Patrimoine de la Bibliothèque municipale

 

 

"Edouard Lalo, génie méconnu" : une exposition du 21 janvier au 28 février à la médiathèque Jean Lévy

La bmL vous propose de célébrer les 200 ans de sa naissance à travers une exposition retraçant son parcours du Conservatoire de Lille à la capitale parisienne.

 

Plus d’informations sur le site de la BmL : 

BM Lille - Édouard Lalo, génie méconnu - Détail (bm-lille.fr)

 

Des ressources en ligne sur le site Patrimoine de la BmL

 

Découvrez tout au long du mois de janvier, dans la rubrique « Regards sur les collections », une série d’articles consacrée à la vie, l’œuvre et l’héritage d’Edouard Lalo.

 

ÉDOUARD LALO, GÉNIE OUBLIÉ ?

 

Alors que sa ville natale l'a célébré à de nombreuses reprises, qui se souvient de ce grand compositeur lillois ? Découvrez ou re-découvrez son parcours du Conservatoire de Lille à la conquête de Paris avec son immortel Roi d'Ys !

 

L'HISTOIRE ROCAMBOLESQUE DU BUSTE DE LALO

 

Le buste d'Édouard Lalo réalisé par le sculpteur Hirsch Bernarovitch Feinberg fut placé au foyer du Grand Théâtre de Lille en 1902. On le croyait détruit dans l'incendie l'année suivante et pourtant il est bien conservé au Palais des Beaux-Arts...

 

SON HÉRITAGE MUSICAL

 

Si le Roi d'Ys est son chef d'œuvre, ne résumons pas son œuvre à ce succès. Lalo lègue également un corpus riche de rhapsodies, symphonies, concertos ou encore mélodies pour poèmes...

 

 

 

 

 

Principales sources conservées aux Archives municipales de Lille sur Edouard Lalo et les monuments érigés en son honneur

 

  • 1D2/107 – Conseil municipal : registre des procès-verbaux des séances de 1908

 

  • 1D2/110 – Conseil municipal : registre des procès-verbaux des séances de 1911

 

  • 4D7/63 – Figures lilloises. Dossier documentaire sur Edouard Lalo : photographie, partition, note biographique, revue Courrier de l'art, affiche, programmes, coupures de presse, correspondance. 1882-1992.

 

  • 0I/17 – Affiches. - Fêtes d’inauguration du monument Edouard Lalo le 2 juillet 1922 : programme des festivités. 1922.

 

  • 6Fi/35 – Photographies des monuments et statues : photographie du monument à Edouard Lalo. 1968.

 

 

  • 1M2/99-1M2/103 – Monuments et statues. - Monument Edouard LALO (inauguré le 3 Juillet 1922). 1908-1923.

  • 1M2/99 Généralités : coupures de presse. 1908-1923.

  • 1M2/100 Généralités : notice concernant le monument (sans date)

  • 1M2/101 Généralités : photographies (sans date)

  • 1M2/102 Inauguration : affiche. 1922.

  • 1M2/103 Comité Lalo : procès-verbaux, bulletin de souscriptions, programme de la solennité artistique, correspondance. 1908-1923.

 

  • 1M2/104-1M2/108 – Nouveau monument Edouard LALO (inauguré le 14 septembre 1968). 1962-1968.

  • 1M2/104 Généralités : coupures de presse (sans date)

  • 1M2/105 Monument : photographies (sans date)

  • 1M2/106 Inauguration, allocution du maire : discours. 1968.

  • 1M2/107 Erection : décrets, procès-verbaux de réception définitive, marché de gré à gré, rapports, notice. 1962 – 1967.

  • 1M2/108 Erection : correspondance (sans date)

 

  • 1M2/109 – Plaque commémorative apposée sur la Maison natale d’Edouard Lalo : articles de presse. 1966 ; 2002.

 

  • 10S/224 – Fonds de recherche d’Alain Gérard, médecin et historien. – Dossiers de recherche sur des figures régionales et locales, Edouard Lalo : coupures de presse, notes manuscrites, correspondances, photographies, articles scientifiques, cartes postales, brochures, reproduction de photos, illustrations [années 1980].

 

  • 98S/31 – Fonds privé d’archives de l’architecte lillois Albert Quiquempois. - Monument à Edouard Lalo : carte postale (sans date)

 

 

 

Notes de bas de page
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