Mai 1940 : après la défaite, les Lillois rendent hommage aux Alliés
En mai 1940, l'Allemagne passe à l'offensive et envahit simultanément la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France. A l'issue des combats, Lille est occupée par l’armée allemande. Les Archives municipales vous proposent de revenir sur les événements de mai-juin 1940 à travers les témoignages de reconnaissance déposés par des Lillois sur la tombe d’un soldat anglais.
Le 5 août 1940, alors que les Allemands occupent la ville depuis deux mois, le commandant des gardiens de la paix de la ville de Lille remet au Maire des papiers déposés sur la tombe d'un soldat anglais tué en mai 1940, le lieutenant Dudley Henry Philip West.
Sur ces petits bouts de papiers, rapidement déchirés d’un cahier ou patiemment confectionnés pour l’occasion, des Lillois de tous âges témoignent de leur reconnaissance envers les Alliés après la défaite contre les troupes allemandes.
La tombe du lieutenant Dudley Henry Philip West, creusée durant les combats ou peu après, se situe non loin du Monument aux Pigeons Voyageurs, à proximité de la citadelle.
Le lieutenant West appartenait au 56e régiment anti-tank de la Royal Artillery. Il serait mort le 28 mai 1940 alors que la bataille de Lille venait de commencer.
Les troupes anglaises ne prennent pas directement part à la bataille. Aussi, la présence du lieutenant West pose question. Est-ce un soldat isolé, qui ayant perdu son régiment dans la confusion des combats précédents, qui se trouve bloqué dans la poche de Lille ou avait-il pour mission la destruction des ponts et passerelles de la Deûle ? Cette dernière hypothèse expliquerait sa présence à proximité du pont de la citadelle.
La croix marquant l’emplacement de la tombe est surmontée d’un casque anglais, ce qui ne manque pas d’interpeller les promeneurs et provoque d'après le Maire « une sorte de curiosité collective» (extrait d'un courrier du Maire de Lille adressé au Commissaire de police le 5 août 1940. Archives municipales de Lille - 5H13/10 ) de la part de la population. En effet, après la bataille et une fois la ville occupée, les rives de la Deûle et les abords de la citadelle redeviennent des lieux de promenades. Les Lillois passant devant la tombe y déposent quantité de fleurs, s’y recueillent, déposent des marques d’estimes au peuple anglais.
De peur de froisser la susceptibilité des autorités d’occupation fraichement établies, le Maire charge trois agents de police d’empêcher les attroupements. Dans son courrier du 5 août adressé au commissaire de police, le Maire impose « l’obligation impérative de circuler » et interdit le dépôt sur la tombe d’autre chose que des fleurs.
Les mesures du Maire ne suffisent pas à dissuader la population de témoigner leur soutien aux troupes vaincus et devant la multiplication des manifestations de sympathie sur la tombe, la Kommandantur ordonne à la ville de « faire disparaitre la célèbre tombe du soldat anglais ».
Le corps est transféré de nuit au cimetière du Sud le 12 août 1940 retirant du paysage un temoignage de la défense acharnée des armées alliées durant la campagne de France.
Les combats de mai 1940 dans l’agglomération lilloise
Les combats de mai 1940 dans l’agglomération lilloise
L’attaque allemande le 10 mai 1940 en Hollande, Belgique et Luxembourg met fin à la « drôle de guerre ».
L’armée française et le corps expéditionnaire britannique se portent au secours de leurs alliés mais ils sont refoulés par les troupes allemandes en Belgique. A partir du 14 mai, les armées du nord sont coupées du reste de la France par la percée des panzers dans les Ardennes.
L’évacuation par Dunkerque devient inévitable malgré des tentatives de contre offensives.
Du 26 au 31 mai, encerclés dans l’agglomération lilloise, 40 000 Français se mobilisent sous les ordres du général Molinié, général de division commandant la 25e division d’infanterie motorisée en 1940, en charge du commandement de la résistance de la poche de Lille avec entre autres le général Juin.
Ils vont résister et retenir 6 divisions allemandes, parmi lesquelles celle du général Rommel.
Fait prisonnier à la suite de la bataille, le général Molinié passera la guerre en captivité.
C’est le premier « chaudron de sorcière » de la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire une poche où sont encerclées des unités qui continuent à combattre. Des combats féroces se déroulent à Haubourdin, Lambersart, Loos ainsi que dans les faubourgs et dans certains quartiers de Lille. Certains endroits sont durement touchés comme par exemple l’école Trulin-Aicard au faubourg de Béthune ou la place de Tourcoing (aujourd’hui place du général Leclerc).
Après l’échec d’une tentative de sortie, les troupes françaises continuent de résister. Jusqu’au 31 mai, des combats confus et meurtriers se succèdent.
La reddition des troupes françaises
Une fois les munitions épuisées, le général Molinié négocie la reddition.
Le général Waeger, commandant l’armée allemande, fait rendre les honneurs de la guerre aux troupes françaises. Avant de partir en captivité, celles-ci défilent sur la Grand-Place, les armes à la main, devant les troupes allemandes au garde-à-vous.
Si à Lille, la victoire est allemande, l’immobilisation de six de leurs divisions a participé au succès de l’opération d’évacuation des forces alliées de Dunkerque.
Les Archives municipales sont peu disertes sur cette période de complète désorganisation administrative. L’âpreté des combats se lit dans les listes de soldats, français et allemands inhumés un peu partout dans la ville, au gré des zones de combat. Le lieutenant West est le seul soldat britannique mentionné dans les listes.

Après la capitulation du général Molinié, l’administration municipale répertorie les tombes provisoires et rédige les actes de décès.
Celui du lieutenant West est ainsi rédigé le 11 juillet 1940.
La plaque commémorative sur la Grand Place
Cette plaque posée en 1975 par l'Association Nationale des Anciens Combattants met en avant les honneurs militaires rendus par l'armée allemande aux soldats français le lendemain de la reddition du général Molinié.
Cet évènement désuet étonne dans un contexte de guerre moderne provoque la fureur de l'Etat-major allemand. En effet, au même moment, à Dunkerque, l'opération Dynamo permet d'évacuer 338.000 soldats dont 128.000 français qui pourront continuer le combat.
Cette opération a été facilitée par les combats de Lille qui ont retenus une partie des divisions allemandes. Dans ces "Mémoires de Guerre", Churchill soulignera la tenacité des français à Lille comme "une splendide contribution au salut du corps expéditionnaire britannique".